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Evocation de la langue yiddish et de sa culture, le cinéma a su inspirer très tôt producteurs et réalisateurs d'Europe centrale et orientale. Bien avant la mise en place de structures organisées en Pologne ou aux Etats-Unis, le yiddishland est apparu sur les écrans de la période tsariste: Pathé, qui s'y est implanté au début du siècle, développe une série de films « juifs » ayant pour thème la communauté juive de Russie. En parallèle, d'autres petites firmes russes se lance, de manière éparpillée dans cette forme de sujet: Le jour du mariage (Slavinski, 1912), Le malheur de Sarah (Arkatov, 1913) puis Nous ne sommes pas coupables du sang versé (Bontch-Tomachevski, 1917) témoignent d'un intérêt pour une culture qui a déjà une solide assise théâtrale. La période la plus féconde reste incontestablement celle d'avant la seconde guerre mondiale, principalement à l'arrivée du parlant où les acteurs du théâtre yiddish s'en donnent à coeur joie, accentuant pour le meilleur ou le pire, un jeu, un personnage et...un texte, une langue.
Toutefois, les années vingt ont apporté également réussites et infortunes. En France, La Terre promise d'Henry Roussell (1925), a dépeint le climat d'un stetl et l'opposition de deux visions du judaïsme. Mais c'est avec l'adaptation de célèbres auteurs et la qualité créatrice de cinéastes majeurs que le cinéma yiddish a pu rivaliser avec la production courante: ainsi Le Bonheur juif (Alexis Granovski, 1925) reste incontestablement le film-phare de la période muette. Tiré du roman de Cholem Aleichem Menahem-Mendl le rêveur, intertitré par Isaac Babel, cette comédie burlesque a été remarquablement photographiée par Edouard Tissé (opérateur d'Eisenstein) et mise-en-scène par Alexis Granovski, talentueux artiste qui terminera sa vie en France. Cette oeuvre débridée conserve un rythme allègre et fourmille de gags visuels et l'interprète principal Solomon Michoels appuie son personnage par un jeu théâtral qui s'harmonise avec l'esthétique du film. D'autres titres marquants: Métamorphoses (Sidney Goldin, 1923), tourné en Autriche avec Molly Picon, sera sonorisé en 1932 et distribué sous le titre Mazel Tov; La Ville sans juifs (Hans-Karl Breslauer, Autriche,1924) est une critique humoristique de l'antisémitisme à partir d'un roman dont l'auteur, Hugo Bettauer a été assassiné en 1925 par un jeune nazi.
Le cinéma parlant ne parviendra pas à la culture yiddish l'équivalent du Bonheur juif. La production se développe en Pologne et à New-York jusqu'à devenir, durant quelques années « l'âge d'or du cinéma yiddish ». Plusieurs titres restent néanmoins dans les mémoires, plus par intérêt sociologique, culturel ou linguistique que par leur valeur artistique: Uncle Moses (1932), Le Dibouk (1937), Tevye le laitier (Maurice Schwartz, 1939) ou A Brivele der Mamen (1939) sont devenus des standards. Dès 1941, la production américaine s'étiole.
L'après-guerre ne reproduira pas ce mouvement. Quelques productions éparses tenteront un renouveau, comme Longue est la route (Herbert B. Frederstorf, Marek Goldstein, 1948) réalisé en Allemagne en 1948. En France, L'Union des juifs pour la Résistance et l'Entraide relance la production de courts sujets en yiddish. Souvent réalisés avec peu de moyens, sans autre prétention que de sensibiliser la communauté juive de France sur son devenir, ces films sont des documentaires qui se veulent des témoignages. Des reconstitutions d'évènements ponctuent un discours politique yiddish: Notre avenir, dont le générique a l'originalité d'être écrit au tableau par une fillette, Nous continuons! (M. Bahelfer, O. Fessler, A. Hamza, I. Holodenko, J. Weinfeld) et L'Appel à la vie (Der Ruf tsum leben, avec Poliakov et Sonia Kompanietz)
Quelques scènes en yiddish apparaissent parfois dans d'autres films, comme Manon (H-G. Clouzot, 1948) avant de disparaître du cinéma français. Récemment, deux films français ont toutefois donné une large place au yiddish: Métisse de Mathieu Kassovitz (1994) dont une grande partie du dialogue évolue dans un yiddishland installé en banlieue parisienne et Toi Yvan, moi Abraham (Yolande Zauberman, 1994), co-production franco-polonaise et un court métrage, Madame Jacques sur la Croisette (Emmanuel Finkiel, 1995) prélude à un prochain long métrage qui sera entièrement tourné en yiddish à Paris. Eric Leroy
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